Christian Audigier le prodige du storytelling

Christian Audigier vous raconte des histoires

Le documentaire posthume sur Christian Audigier « VIF The movie » vient d’être récompensé lors d’un festival à Los Angeles, meilleur producteur, meilleur réalisateur. Comprendrons-nous un peu mieux le parcours hors-norme de ce jeune designer du sud de la France devenu prince de la mode à Hollywood ?

Je me souviens très bien de la première fois où j’ai vu le nom de Christian Audigier écrit en lettres capitales. C’était sur un bouquin, dans un rayon de la fnac Bellecour de Lyon. « Mon American Dream — Des cités d’Avignon à la cité des Anges », son autobiographie. Ce titre accrocheur avait suffisamment attisé mon attention pour que je m’en empare.

Un homme, Audigier lui-même, s’affichait sur la couverture, tel un Mad Max des temps modernes, le teint hâlé, presque brulé par la chaleur d’une zone aride des Etats-Unis. Les fringues sont poussiéreuses, voir usées. C’est sûr, le mec a bourlingué, et il revient de loin ! Ne serait-ce pas sur ce passé que son regard se porte ? Les bottes sur le bitume, une décapotable blanche en arrière plan. Simple pane ou arrêt volontaire ? Le temps de faire le plein — ou le point ?

De cette couverture on peut déjà en tirer tout ce qui a fait la force et le succès de Christian Audigier : la parfaite maitrise du storytelling.

Von Dutch

Je n’étais pas la cible.

Je n’étais pas la cible. Alors que je tendais vers davantage de sobriété, lui bombardait chemises et T-shirts de dessins multicolores, dont l’origine du graphisme provenait principalement de l’univers du tatouage (Ed Hardy). je n’allais certainement pas acheter ses fringues.

J’aurais à la limite volontiers porté une casquette Von Dutch, la marque qu’il avait su hisser au sommet, grâce à la complicité très bien calculée de stars, telle Britney Spears, la People la plus en vue du moment. Audigier allait savoir vendre du rêve mieux que quiconque. Devenir l’ami des stars, même pour de faux, aura pour conséquence de faire monter en flèche la notoriété de sa marque. Tout ce qui se raccroche à son activité dans la mode est désormais médiatisé, amplifié, par une équipe de paparazzis qu’il rénumère lui-même.

Qu’on aime ou qu’on déteste ses vêtements, Audigier c’est un As de la communication. Audigier raconte une histoire, la sienne. Il devient le personnage central de son business, il l’incarne. Aujourd’hui toutes les agence de pub ont un seul mot à la bouche : Storytelling ! Audigier a su magistralement l’exploiter, bien avant que ça ne devienne une règle, une évidence, surtout depuis d’avènement des réseaux sociaux. A un point tel qu’immédiatement après avoir été informé de sa maladie, le syndrome myélodysplasique (MDS), un cancer qui affecte la production de cellules sanguines saines par la moelle osseuse, il décide immédiatement de se faire suivre par une caméra, dans le seul but d’en exploiter plus tard le film, lorsqu’il aura vaincu la maladie. Car Audigier ne doute jamais. Il est persuadé qu’il viendra à bout de ce fichu cancer.

Never Give Up!

Le documentaire devait s’appeler « Never give up ». Du Audigier 100%. Le côté battant qui sait prendre des coups, pour se relever encore plus fort. Une nouvelle fois il devait nous raconter une belle histoire, romancée à sa sauce. Un personnage à la Rocky, pour mieux nous refourguer ses T-shirts. Le destin en décidera malheureusement autrement.

Christian Audigier malade

Même s’il a parfois incarné tout ce que que je peux aussi détester, le côté bling-bling du parfait parvenu, à l’image de certaines fêtes données sur des Yachts à St-Tropez, et dans lesquelles je n’aurais jamais souhaité mettre les pieds, j’admirais son parcours et son intelligence du business.

Celui qui se faisait appeler « le vif » est mort le 9 juillet 2015. Son décès n’a pas eu grand écho en France. Il faut croire qu’ici la réussite a parfois quelque chose de peu glorieux qu’il est préférable d’ignorer.

C’était pourtant une chouette story à raconter !

@oxolaterre