Harvey Weinstein | Illusion et faux-semblant

Harvey Weinstein, de producteur à harceleur

J’ai toujours eu de l’admiration pour Harvey Weinstein. Quand tu as aimé le cinéma américain des années 90 et que tu as découvert grâce à Miramax un certain Quentin Tarantino, tu ne pouvais éviter d’avoir une certaine fascination pour les deux frères fondateurs, et particulièrement Harvey.

Harvey Weinstein c’est le genre de mec dont tu ne t’étonnes pas du succès, le mec qui n’a peur de rien, qui y vas au culot, le côté rentre dedans, qui ne demande pas la permission. La grande gueule qui impose ses films, qui distribue The Artist pour lui faire gagner 5 Oscars.

Mais il avait aussi ce côté beauf, mal élevé, gros porc immonde, ce qui semble avoir été le cas pendant des années. On a toujours entendu parler de ce genre d’histoires à propos d’Hollywood. Le cinéma est l’industrie du trompe-l’oeil et des faux-semblants, il n’est donc pas étonnant de voir des gens de pouvoir profiter de la faiblesse des doux rêveurs et des ambitieux.

Dans « Hollywood Babylone » de Kenneth Anger, tout était déjà là. Ce livre racontait alors la face cachée d’Hollywood, entre drogue, orgies et morts mystérieuses, dont la version définitive fut publiée en 1975 et qui entraina une vague de protestation. Rapidement il fut interdit pour ne refaire surface qu’en 2013. Il faut croire qu’il ne fallait pas colporter de tels ragots, et laisser encore croire au public que seules les étoiles brillent au dessus du Griffith Observatory. Ce lieu qui t’aura tant fait rêver étant gosse, quand tu voulais toi aussi jouer du couteau, comme James Dean dans « Rebel without a cause ». La machine à fabriquer des films à la chaine reste avant tout une machine à fric, il ne faudrait pas enrayer la belle mécanique parfaitement huilée !

Bla Bla land

Il est étonnant de voir que l’affaire Weinstein a éclaté seulement quelques mois après le triomphe de « La La Land », le film qui avait su raviver la flamme Hollywoodienne. On avait de nouveau envie d’y croire, s’imaginer que là-bas, quelque part, il existait un monde meilleur, que les filles qui avaient de l’ambition comme Emma Stone rencontraient des mecs biens comme Ryan Gosling. Le tableau est décidément bien plus sombre, les couleurs moins criardes.

Mais au delà de la gravité des faits, ce qui est tout de même agaçant c’est l’hypocrisie qui entoure cette histoire. Au lendemain des premières dénonciations de harcèlement, tout le monde se déclare estomaqué. En gros, Hollywood se réveille avec la gueule de bois. Heureusement, Jessica Chastain a rapidement affirmé le contraire — »The stories were everywhere. To deny that is to create an environment for it to happen again ». Et en effet, à lire le témoignage d’Emma De Caunes, tu ne peux que penser que c’est tout un environnement qui a permis à Weinstein de se comporter ainsi pendant tant d’années. Le Hollywood Reporter titrait dernièrement l’un de ses articles — Harvey Weinstein in Cannes : Why the King of the Croisette was called « The Pig ». Mais bon, personne n’a semblé être plus choqué que ça. Ce doit être aussi ça le cinéma.

Quentin Tarantino sort du bois

Ce matin, Quentin Tarantino est sorti de son silence et a reconnu avoir été au courant des agissements de son ami et producteur, et ajoute regretter de ne pas en avoir fait davantage. Bref, lui aussi savait. Et n’a rien fait. Mais le plus surprenant c’est quand l’actrice Mira Sorvino, sa petite amie de l’époque, lui déclare avoir été victime d’attouchements et d’un massage forcé de la part d’Harvey Weinstein, Tarantino se dit alors en colère mais ne fait rien. Il pense certainement à sa carrière. Comme toutes ces actrices ont pensé avant tout à leur carrière. L’affaire Weinstein est principalement une histoire d’ambition. Mais à quel prix ?

Tarantino, le cinéaste dont j’admire le plus le travail, et qui est le réalisateur de ce film formidable qu’est « Death Proof » (Avec entre autre Rose McGowan, principale accusatrice dans l’affaire Weinstein) et que je qualifie de film purement féministe : Kurt Russell y incarne LE mâle, caricature de l’homme dans tout ce qu’il y a de plus grotesque et qui n’existe qu’à travers sa belle grosse voiture qui fait du bruit et dans laquelle il se sent surpuissant. Mais à trop vouloir enquiquiner une bande de filles qui ne souhaitent rien d’autre que de passer du bon temps entre copines, le vilain macho finit par obtenir ce qui lui pendait au nez, une bonne grosse dérouillée dans une scène finale d’anthologie des plus jouissives.

Oui, mais apparement ça, c’était du cinéma.

@oxolaterre