Keith Haring artiste en mouvement

Keith Haring, héritage et influence

Il y a des artistes dont tu apprécies le travail mais qui n’auront que très peu d’influence sur ton propre univers. Et puis d’autres, sans pour autant chercher à les imiter, marqueront de leur empreinte indélébile tes futurs créations. Keith Haring est de ceux-là.

Keith Haring | Influences

Alors que j’étais empêtré dans l’apprentissage du dessin pur et dur — pour ne pas dire chiant — à reproduire au fusain, sur format grand aigle, les jeux d’ombres et de lumière d’un bout de cordelette, découvrir le dynamisme graphique et coloré de Keith Haring m’a fait l’effet d’une véritable bouffée d’oxygène.

Ca devait être aux alentours de 89 — 90. Finalement peu avant son décès. Je me souviens aussi d’un article que Paris Match lui avait consacré, que j’avais découpé et soigneusement conservé.

Drawing the line

Mais c’est surtout le documentaire « Drawing the line » diffusé à l’époque sur Canal+ qui m’avait fait prendre conscience de l’importance du mec. Enregistré sur une VHS, j’allais pouvoir le visionner sans retenu, pendant des mois, pour mieux m’en imprégner.

Ce que le documentaire montrait ce n’était pas seulement le portrait d’un artiste mais aussi celui d’une époque : les années 80. Celles que l’on peut voir dans le film Wall Street d’Oliver Stone, le Sida en plus.

Un bon artiste c’est un artiste qui comprend son époque. Non seulement Keith Haring comprend le monde qui l’entoure mais il finit par l’incarner. Il a très bien perçu l’évolution de l’Art. Andy Warhol, avec qui il était proche, lui avait montré la voie. L’Art devenait valeur marchande, l’Art s’adressait soudain aux gens de la rue, l’Art devenait produit de consommation.

Keith Haring | Documentaire

Le Pop Shop

C’est donc assez logique qu’en 1986 il décide d’ouvrir dans le sud de Manhattan The Pop Shop (qui fermera ses portes seulement en 2005). Plus qu’une boutique de produits dérivés, il faut y voir une extension de sa démarche artistique. Ses dessins sont démultipliés, comme les Campbell’s Soup de Warhol. Imprimés sur différents articles de la vie quotidienne, ils deviennent accessibles au plus grand nombre.

Il suffit aujourd’hui de se rentre dans les boutiques des musées pour réaliser ce que Haring avait compris avant les autres. T-shirt Modigliani, caleçon Claude Monet, slip Rothko.
Vue dans un musée Londonien, la poupée de Van Gogh et son oreille velcro détachable.

La société de consommation a absorbé l’Art. La consommation est devenue Art à son tour.

Keith Haring | Pop Shop

Quatre garçons dans le vent

Le graffiti n’était pas ma culture, encore moins le hip-hop. Mais je m’intéressais à ce mode d’expression. Pour preuve, en 1990, mes trois meilleurs potes et moi allions nous risquer le long de la voix ferrée, la nuit tombante, avec pour seul accompagnement sonore le bruit des billes de nos bombes de peinture. Nous y posions tags, pochoirs et lettrages.

Pendants de longues années nous allions pouvoir apprécier nos chefs-d’oeuvre — bien pourris il faut l’admettre— à chaque fois que nous passerions devant en train. Immense fierté de jeunes petits merdeux issus d’une école privée hors de prix.

Keith Haring | Street Artiste

Graphisme Pop

Mais l’oeuvre d’Haring ne se réduit pas au Graffiti. Comme Basquiat et Madonna, il est alors l’enfant d’une culture naissance qui découle des années disco. New York en est imprégné. Les DJ’s remplissent le dancefloor, le Rap et la Pop Music vont tout ravager, portés par la démesures des clips et de MTV. Avant que, plus tard, le Sida ne vienne définitivement assombrir le tableau.

Regarder un dessin de Keith Haring c’est avoir les yeux en perpétuel mouvement. Son trait n’est jamais statique. On ne s’ennuie jamais devant ses toiles immenses ou ses murs peints. Son graphisme est dynamique, il parcourt l’espace dans un élan joyeux et positif.

Matt Groening a très certainement été marqué par ses images colorées. Comme pour les Simpson, le dessin reste sommaire, il ne s’encombre jamais de détails inutiles.

Keith Haring | Ses derniers dessins

La ligne claire

Si j’ai autant été sensible et marqué par l’artiste, c’est aussi peut-être par son trait qui s’inscrit dans une parfaite continuité de la ligne claire, développée par Hergé pour qui j’avais déjà une grande admiration.
Dans mes années d’activé freelance, je n’aurais de cesse de simplifier au maximum mes illustrations, comme une sorte d’obsession maladive. Que ce soit dans mes premiers pastels post-étudiant en école d’Art, puis, plus tard mes images de dessins vectoriels, ou encore plus récemment mes images aux crayons et pinceaux.

Les années 80 tirent leur révérence

Malade, emporté par le Sida, Keith Haring disparait le 16 février 1990 à l’âge de 31 ans. Dans ses derniers dessins, son chien emblématique ne dansait déjà plus. « The radiant baby » s’était éteint avant lui. La palette de couleurs s’était réduite au strict minimum. Les années 80 avaient brillé de mille feux, la fête prenait brusquement fin. Une autre décennie commençait.

@oxolaterre

Keith Haring | Ses derniers dessins